Face à la persistance de la crise sécuritaire et institutionnelle en Haïti, le Mouvement de la Société Civile Haïtienne (MSCH) appelle à revoir les méthodes utilisées dans les différentes transitions politiques. Dans un communiqué paru ce vendredi 11 septembre, le MSCH estime que la mutation des accords et des cadres de dialogue n’a pas permis d’obtenir les résultats attendus.
Le Mouvement de la Société Civile Haïtienne invite les acteurs haïtiens et internationaux à tirer les leçons des différentes expériences de transition menées ces dernières années. Cette structure croit qu’une révision des mécanismes de dialogue devient nécessaire au regard de la situation actuelle du pays.
Le MSCH reconnaît l’importance du dialogue dans la recherche d’une issue à la crise. Il s’interroge toutefois sur l’efficacité des mécanismes privilégiés jusqu’ici, estimant que leurs résultats restent insuffisants face à la dégradation de la situation nationale.
Sur le plan sécuritaire, le Mouvement constate une progression de l’influence des groupes armés, particulièrement dans la région métropolitaine de Port-au-Prince. Cette situation continue, selon elle, d’affecter la population, les activités économiques et plusieurs infrastructures essentielles.
Le MSCH relève également les difficultés rencontrées par la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), notamment en matière de financement, d’effectifs, d’équipements et de déploiement. Il appelle aussi à une évaluation objective des résultats et des contraintes de la nouvelle Force de répression des gangs (FRG).

Face à cette situation, l’organisation considère le renforcement des capacités de la Police nationale d’Haïti (PNH) et des Forces armées d’Haïti (FAd’H) comme une priorité. Elle préconise l’élaboration d’une véritable politique nationale de sécurité impliquant les institutions haïtiennes et les partenaires internationaux.
Le MSCH critique par ailleurs la succession des transitions politiques. Il rappelle que le Conseil présidentiel de transition, installé en 2024, avait notamment pour mission de contribuer au rétablissement de la sécurité, à la restauration des institutions et à l’organisation des élections.
Pour cette structure qui regroupe des organisations de la société civile, la multiplication des arrangements provisoires ne saurait constituer une politique publique durable. Elle estime que le pays doit plutôt s’attaquer aux facteurs qui entretiennent l’instabilité et créer les conditions nécessaires à la reconstruction de l’État.
Le MSCH souhaite également que le dialogue national évolue dans sa composition et dans ses objectifs. Selon lui, les discussions ne devraient pas se limiter aux dirigeants politiques, mais intégrer davantage la société civile, le secteur privé, les organisations professionnelles, les collectivités territoriales, les organisations de femmes et de jeunes, les universités, les organisations paysannes et la diaspora.
Parmi ses propositions figure une évaluation indépendante des différents mécanismes de transition, accords et initiatives de dialogue mis en place depuis 2021. Cette démarche devrait notamment examiner les objectifs fixés, les résultats obtenus, les ressources mobilisées et les causes des échecs constatés.
Le Mouvement propose aussi de revoir le cadre du dialogue national afin de le rendre plus inclusif et davantage axé sur les résultats. Elle souhaite que les prochains mécanismes reposent sur des objectifs précis, des échéances vérifiables et une répartition claire des responsabilités.
Une place centrale pour la question sécuritaire
La question sécuritaire devrait, selon le MSCH, occuper une place centrale dans toute nouvelle transition. L’organisme met l’accent sur le renseignement, le contrôle des frontières, la lutte contre le trafic d’armes, le démantèlement des réseaux criminels et la sécurisation des infrastructures essentielles.
Le retour à la légitimité démocratique demeure également une priorité pour le mouvement. Il appelle au renforcement de l’administration électorale et à la mise en place d’un processus électoral transparent, inclusif, accessible et sécurisé.
Enfin, le MSCH estime qu’une réponse durable à la crise passe par le traitement de plusieurs problèmes structurels. Il cite notamment l’impunité, la corruption, le financement des groupes armés, le trafic d’armes, les faiblesses du système judiciaire, la pauvreté, le chômage des jeunes et la dégradation des services publics.
L’organisation appelle ainsi les autorités haïtiennes, les acteurs politiques, la CARICOM, les Nations unies et les partenaires internationaux à réévaluer leurs approches. Pour le MSCH, la prochaine étape ne devrait pas se limiter à instaurer une nouvelle transition, mais à mettre en place un cadre capable de produire des résultats mesurables et de favoriser une stabilité durable.














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